une e**position . 2019
une e**position . 2019

une e**position . 2019

J’ai été en charge de la première sélection, en 2018. Des six photographes, les six premiers si l’on veut : ceux qui se colleraient, pour la première fois, à la demande que nous leur faisions, Pauline et moi. Poser leur appareil quelques minutes et s’interroger, interroger leur travail : s’il devait être défini par une seule image, quelle serait-elle ?

C’est une question complexe, pour tout artiste. Parce que, de même que l’on ne peut résumer une vie à un seul événement, on ne peut résumer une œuvre à un seul des éléments qui la composent. Il a fallu transiger donc, poser la question autrement : à l’instant t auquel la demande vous est faite, laquelle de vos images vous semble-t-elle la plus représentative de votre démarche ?

Les six artistes de la deuxième édition d’Une e*position — le « x » remplacé par l’astérisque que nous portons, Pauline et moi, en fer-de-lance de notre collectif * Public Averti — étaient, à la différence des premiers, plongé pour leur majorité dans un projet de longue haleine, parfois à mi-chemin entre les arts plastiques et la photographie, quand il ne s’agissait pas d’une installation, au moment où la question leur a été posée. Par Pauline, cette fois, puisque nous avions convenu elle et moi, de nous passer la main d’une année sur l’autre. La contrainte était donc double : à la fois lever le pied (et l’œil) de l’objectif, mais aussi être capable, en cours d’un travail en construction, d’en isoler un élément qui fasse sens, livré ainsi, seul, sur une page virtuelle d’exposition.

« Trois » femmes (Delphine et Élodie Chevalme configurant « un » seul artiste, dans notre cahier des charges, puisqu’elles travaillent ensemble), trois hommes : parité parfaite, et nous y tenons (lire et écouter Un Monde_Tir à vue pour s’en convaincre). Six artistes donc, une seconde fois. Six engagements, dans une œuvre polymorphe et réflexive qui ne se contente pas de l’esthétisme (le recherche-t-elle seulement ?) mais creuse en profondeur des enjeux qui échappent possiblement, si l’image n’était accompagnée d’une phrase, d’une citation, d’une explication ou d’un contexte. Qu’elle soit plein cadre (captation d’une installation chez Erick Flogny, extrait de récit chez Joël Alain Dervaux, tentation de compréhension chez Elsa Guénot) ou résultante d’une composition (série de tableaux photographiques chez les sœurs Chevalme, triptyque chez Camille Carbonaro, traces visibles et invisibles chez Philippe Dollo), la photographie ne vaut ici que dans « l’ensemble » qu’elle construit : dans la forêt finlandaise, en se fondant avec les arbres qui l’entourent, par exemple (Flogny) ; par l’exploitation réfléchie de documents historiques, en intégrant la mémoire collective qu’elle convoque (Dollo, Chevalme, Carbonaro) ; dans l’illusion d’une liberté (la nudité), en jouant avec les limites des espaces géographique et intime qu’elle implique (Dervaux) ; et dans l’incarnation d’un mythe que l’on questionne, en presque miroir de notre propre intention première lorsque nous avons créé cette initiative particulière d’exposition, en interrogeant la place que ce portrait (et la série dont il fait partie) trouvera dans le chantier numérique que l’artiste (Guénot, ici) souhaitera lui offrir.

C’est difficile, c’est vrai, de parler du travail de l’autre. De ne pas vouloir le citer — nous l’avons fait semaine après semaine, sur Facebook, sur Instagram, ici-même —, d’essayer de le résumer en quelques mots, à quelques intentions, en passant possiblement à côté d’un élément qui lui sera essentiel — et j’espère que les artistes nous pardonneront si c’est le cas. C’est encore plus difficile une fois ces mots écrits, apposés aux images qu’ils soulignent, de vous laisser, spectateur, spectatrice, seul, seule, face à elles.

Le chemin vers la première édition de Une e*position.

Pour cette seconde édition, nous souhaitons encore une fois remercier, dans l’ordre de leur apparition sur cette page, Delphine et Élodie Chevalme, Erick Flogny, Joël Alain Dervaux, Camille Carbonaro, Elsa Guénot et Philippe Dollo, pour le choix impossible que nous leur avons demandé d’effectuer, et auquel ils se sont prêtés avec tout à la fois de l’énergie, de l’enthousiasme, du questionnement quand c’était nécessaire, de la réticence parfois, de la confiance enfin. Peut-être parviendrez-vous, en visitant nos pages, à entendre la voix collective d’une année, d’une époque, et, de la première édition à cette seconde e**position, celle d’une transition. Et peut-être percevrez-vous par le simple regard, comme nous cherchons activement à le faire avec * Public Averti depuis 2015, Pauline Sauveur et moi-même, un état de l’art, photographique et général, tel qu’il se dit aujourd’hui.

Laurent Herrou * Pauline Sauveur * pour * Public Averti

Une e**position . 2019

cerbère-portbou festival fotolimo © pauline sauveur

Le chemin vers la première édition d‘Une e*position.

Le chemin vers la deuxième édition d’Une e**position

Vers la présentation de la troisième édition d’Une 3xposition